Fragments d’un web adolescent

Vincent Bernat

J’ai ex­humé quelques vieux ar­ticles ta­pés, ado­les­cent, entre 1996 et 1998. Sans éclat à leur époque, ces pages com­posent, trois dé­cen­nies plus tard, la chro­nique d’un temps disparu.

Le mot « blog » n’existe pas en­core. Wi­ki­pé­dia reste à ve­nir. Google n’a pas vu le jour. AltaVista règne sur les re­cherches, tout en pei­nant déjà à em­bras­ser l’im­men­sité nais­sante du web1. Pour se ren­con­trer, il faut s’ac­cor­der au préa­lable et pré­pa­rer son che­min sur des cartes en papier. 🗺️

Le web s’élance. La spé­ci­fi­ca­tion CSS vient à peine d’éclore, les tables HTML servent en­core à la mise en page. Les co­okies et les ban­deaux pu­bli­ci­taires pointent leur nez. Les pages s’ornent de mu­siques et de vi­déos, contrai­gnant les na­vi­ga­teurs à s’ar­mer de plu­gins. Nets­cape Na­vi­ga­tor trône sur 86% du ter­ri­toire, mais Win­dows 95 glisse dé­sor­mais In­ter­net Ex­plo­rer dans sa be­sace pour com­bler son re­tard. Face à cette of­fen­sive, Nets­cape ouvre les sources de son na­vigateur.

La France ac­cu­mule les re­tards. En de­hors des uni­ver­si­tés, l’ac­cès à In­ter­net de­meure oné­reux et la­bo­rieux. Le Mi­ni­tel règne en­core, of­frant an­nuaire, billets de train, achats à dis­tance. Cela n’était pas en­core pos­sible avec In­ter­net : ache­ter un CD en ligne re­lève de la chi­mère. Le chif­fre­ment su­bit une ré­gle­men­ta­tion de fer : l’al­go­rithme DES est bridé à 40 bits et dé­crypté en quelques secondes.

Ces pages portent la trace de l’ado­les­cence du web. Trente an­nées sont pas­sées. Les mêmes guerres se pour­suivent : vente de don­nées, pu­bli­cité, mo­nopoles.