Le web multimédia

Vincent Bernat

Note

Cet article a été publié dans « W », un annuaire de sites web accompagné de quelques articles que je maintenais entre 1996 et 1998. Il est reproduit ici avec quelques retouches cosmétiques dans un but de conservation historique de cette période.

La tendance actuelle est au multimédia. Qui oserait vendre un ordinateur aujourd’hui sans l’affubler du qualificatif pompeux et discutable de multimédia. Selon la définition même du mot, il ne faut pas grand chose à un ordinateur pour devenir multimédia. Bon, passons sur les techniques marketing en cours et concentrons-nous sur le même phénomène s’attaquant à Internet…

Au commencement, du texte et encore du texte#

Il y eut un temps (il y a trois ou quatre ans) où la plupart des pages n’étaient composées pratiquement que de texte. Celui-ci était parfois accompagné d’une petite icône mais tout ceci restait bien modeste. L’auteur de toute page s’attachait d’abord à fournir une information pertinente et complète. La présentation importait peu, il suffisait que le texte reste lisible.

Puis vinrent les images#

La qualité des connexions s’améliorant, la quantité et la taille des images se sont accrues de la même façon. On arrive même parfois à un point où l’image est le seul moyen de communication du serveur : aucun lien en texte, aucune alternative proposée à ceux qui ne veulent pas utiliser les images.

Bien que rare, cette pratique tend à se généraliser. Si dans la journée, le tout reste pratiquable, cela devient vite insupportable aux heures de pointe où il faut attendre plusieurs minutes avant de se voir proposer le menu du site.

On commença à découvrir les joies de l’animation#

Loin de s’arrêter là, les avant-gardistes du Web ont trouvé une spécification intéressante du GIF : la possibilité de mettre plusieurs images dans un même fichier. Cela se traduit concrètement par une image légèrement animée. Cela se traduit également par un temps relativement long du chargement de l’image.

Les effets négatifs ne s’arrêtent pas là. Certains webmestre n’hésitent pas à mettre une dizaine ou une vingtaine de ces images dans une même page, alourdissant la présentation, rallongeant le temps de chargement et gênant la lecture globale du texte.

Une page de pub…#

Ceux qui ont le courage de charger les images sur les sites commerciaux, ou même pour les autres, ont sans doute remarqué que la pub se généralisait de plus en plus rapidement. Une image de plus dirons-nous… Ce n’est guère gênant.

Pourtant, il suffit de naviguer un peu sur le site pour déchanter… L’utilisation des facilités de navigation des butineurs actuels est rendue lourde à souhait : s’il vous venait à l’idée de passer trop vite sur une information et d’appuyer sur le bouton ‘Back’, vous devrez attendre le chargement d’une nouvelle page contenant un bandeau publicitaire différent. Idéal aux heures de pointe.

Et maintenant, le multimédia !#

Pourquoi s’arrêter là ? Ajoutons la vidéo et le son ! Si les images étaient encore facilement supportables, la vidéo et le son sont carrément insupportables quand ils ne sont pas diffusés sur demande. Rallongeant encore les temps de chargement, les sons joués avec chaque page du site branché se superposent à la musique de votre CD préféré, mangent encore des ressources précieuses et ralentissent une nouvelle fois la navigation.

Ce n’est pas fini ! La vidéo va sans doute mettre son grain de sel. S’il est encore trop tôt pour voir des vidéos jouées automatiquement, parions que cela ne va pas tarder.

Prêt pour le départ ?#

Vous allez dans le cyber-espace. Prévoyez une heure ou deux le temps de trouver une navette de disponible. Ne comptez pas sur une place en première classe, elle n’existe pas. Si vous êtes pressé, ce n’est peut-être pas le moment de voyager dans cet univers, repassez dans 10 ans.

Si vous aimez attendre quelques minutes entre chaque page, que vous ne payez pas vos factures de téléphone, n’hésitez pas ! C’est par ici.

Écoutez cette musique envoûtante (ou attendez 10 minutes le temps qu’elle se charge), admirez le paysage, les premiers pas sur la lune (pour le moment, c’est un carré noir, revenez demain matin).

Un peu d’interactivité ? Pas de problème, un plug-in ShockWave (30 minutes pour le télécharger), le site approprié (encore 30 minutes pour y accéder) et vous voilà plongé dans l’interactivité la plus totale (quand 30 nouvelles minutes seront passées, vous pourrez cliquer à loisir pour déclencher des sons dans les 10 prochaines minutes).

Mettez votre casque de réalité virtuelle et accrochez-vous, le départ va être donné…

5, 4, 3, 2, 1… Timeout !