Dix vœux pour 1998
Vincent Bernat
Note
Cet article a été publié dans « W », un annuaire de sites web accompagné de quelques articles que je maintenais entre 1996 et 1998. Il est reproduit ici avec quelques retouches cosmétiques dans un but de conservation historique de cette période.
La période de fin d’années est propice aux bilans de l’année passée mais aussi aux espérances pour l’année à venir. Que doit-on en effet attendre de cette année 1998 ? Dans cet édito, je vais présenter 10 vœux ou plutôt dix événements que l’on peut espérer voir venir au cours de cette nouvelle année ou peut-être de la suivante. Évidemment, tout ceci est bien naïf.
Une augmentation de la bande passante#
Internet s’engorge. C’est un fait, pas une fatalité. Jour après jour, les providers ou les grands opérateurs mettent en plus de nouveaux backbone (les gros tuyaux d’Internet) afin de désengorger le réseau et permettre à ses utilisateurs d’atteindre plus rapidement l’information. On peut espérer que cette année 1998 verra croître la bande passante encore plus rapidement pour raccourcir au maximum les temps d’attente. Cette augmentation permettrait également d’envisager de manière plus courante des applications telles que la téléphonie ou la réception en temps réel de clips vidéos.
La baisse des communications téléphoniques#
En ce qui concerne la tarification en France du téléphone, 1997 a été assez funeste. Les coûts ont globalement augmenté malgré les promesses de l’opérateur France Telecom. L’ouverture de la concurrence devrait permettre de faire baisser les prix en matière de communications nationales et internationales. Espérons que pour 98, une baisse des communications locales surviendra également grâce à la pression de Cegetel par exemple. Doux espoir que celui-ci, mais ne soyons pas totalement pessimiste, l’Etat s’est engagé là-dessus.
Des modems plus rapides#
Quand il ne s’agit pas d’Internet qui bouchonne, c’est le modem qui est trop lent pour les fichiers à télécharger aujourd’hui… Les modems à 56 Kbps n’améliorent guère la situation car ils n’atteignent jamais leur vitesse maximale. Deux technologies entrent en concurrence : le câble, déjà à l’essai dans certaines villes (Paris, Metz, Annecy) mais encore peu répandu. Pourtant le réseau français câblé a un énorme avantage : il possède une voie de retour qui permet d’envoyer de l’information et donc de pouvoir faire des requêtes, conditions indispensables pour accéder à Internet. Le problème ? France Telecom est propriétaire du réseau câblé français et rechigne contre cette concurrence, du coup, l’accès se met lentement en place…
Deuxième technologie : l’ADSL. Moyennant quelques modifications du réseau téléphonique classique, il permet de véhiculer des signaux à hauts débits sur le réseau téléphonique. Le seul problème : les coûts des communications sont toujours là.
Des navigateurs compatibles#
L’apparition des versions quatre des navigateurs vedettes du marché (Netscape Navigator et Microsoft Internet Explorer) a été un véritable cauchemar pour les webmestres. La plupart des nouvelles fonctions de l’un n’étaient pas supportées par l’autre qui savait pourtant faire la même chose, mais différemment. L’exemple frappant est le DHTML (Dynamic HTML) qui permet de modifier et de faire bouger les pages Web : Netscape utilise une implémentation particulière, Microsoft une autre.
De même pour le push : si un développeur veut concevoir une chaîne, il devra en fait en concevoir deux : l’une pour Netscape Communicator (avec NetCaster), l’autre pour Microsoft Internet Explorer.
Souhaitons que les deux protagonistes se mettent d’accord pour rester plus ou moins compatibles.
Autorisation du cryptage en France#
La France, tout comme l’Irak, interdit quasiment toute forme de cryptage. Des tentatives de libéralisation du cryptage ont été effectuées, mais le système reste bancal car seules les grosses entreprises peuvent se permettre de crypter quelque chose correctement.
Espérons que l’État français va se rendre compte que cette contrainte met un frein à Internet et est l’un des facteurs du retard français en la matière. Le projet RC5 Bovine de Distributed.net vise justement à faire prendre conscience aux gouvernements américains et français de la faiblesse du cryptage actuellement autorisé.
Le développement du commerce électronique#
Celui-ci est indispensable pour qu’Internet devienne un média économiquement viable et indépendant. Longtemps les entreprises se sont contentées d’une misérable page pour annoncer leur existence et réserver leur nom de domaine. Peu se rendent compte de l’intérêt économique que peut représenter le Web : possibilité de toucher une clientèle plus large, internationale, gestion facilitée des produits (pas d’infrastructure nécessaire, pas de stocks importants), de mieux cerner le consommateur.
Ce développement exige également la libéralisation du cryptage, indispensable pour des transactions sécurisées. L’année 98 sera sans doute propice au commerce électronique, n’en doutons pas.
Développement du contenu francophone#
Dure réalité : la plupart du Net n’est pas en français. Rien de dramatique cependant, le contenu francophone existe et s’étend de jour en jour sans aucune aide du gouvernement français. Les Québécois sont finalement plus actifs sur le Net francophone que les Français et remercions-les car ils fournissent une bonne part du contenu francophone.
Seulement, l’anglais reste omniprésent, beaucoup trop. On peut sans aucun doute parler de suprématie américaine. Pourtant, il ne tient pas à grand chose pour que le français prenne une part du gâteau plus grande que les quelques miettes qu’il détient. Il suffirait de réunir quelques bonnes volontés dans le gouvernement. Dure tâche en fait.
La France a un wagon de retard mais on ne peut pas prétendre que ce retard s’accentue en matière de contenu. Le Net francophone ne s’est jamais aussi bien senti et cela continuera sans doute en 98.
Une nouvelle chance pour le Push#
Les tentatives de Push se sont souvent soldées par un échec. Loin d’être total, il était cependant assez affirmé. En effet, le push consomme trop de bande passante pour ne pas toujours délivrer des informations intéressantes. Mais ce n’est qu’une technologie naissante qui attend d’être mieux exploitée…
L’année 1998 verra sans doute apparaître des logiciels de Push plus précis qui ne rapporteront que ce qui est vraiment intéressant pour l’utilisateur et laisseront de côté les informations inutiles. Il ne se substituera pas à la navigation classique, sans quoi Internet se transformera en une simple télévision high-tech et diablement chère.
La subsistance du Web indépendant#
Si le développement du commerce électronique est quasi-obligatoire, il a également un effet pervers : les sites commerciaux menacent le Web indépendant, ce Web constitué par les utilisateurs lambda d’Internet, ce Web qui lui donne une identité différente des journaux et de la télévision, ce Web qui rend Internet plus vivant, plus proche, plus convivial.
Il convient d’espérer que le développement massif des sites commerciaux laissera une place au Web indépendant, sans quoi, Internet ne délivrerait plus que des informations aseptisées, des banalités, de la conformité, bref perdrait une partie de son identité.
Il est donc important de soutenir le Web indépendant car finalement, c’est lui la plus grande source d’information. A ce propos, UZine propose un dossier sur le Web indépendant et les moyens de le préserver.
Et…#
Que souhaiter d’autre ? Sans doute beaucoup de choses, mais cela dépend de chacun… Certains voudront voir le développement de Java, le langage de Sun, d’autres souhaiteraient une démocratisation de l’accès, une baisse des coûts de connexion, un langage HTML plus puissant (XML ?). Difficile de se prononcer, surtout si on se laisse aller à la rêverie complète…
En tout cas, pour ma part, j’en profite pour vous présenter mes meilleurs vœux pour l’année 1998 ! Bonne année à tous et joyeuses fêtes ! 🎄