Microsoft Virtual Machine

Vincent Bernat

Note

Cet article a été publié dans « W », un annuaire de sites web accompagné de quelques articles que je maintenais entre 1996 et 1998. Il est reproduit ici avec quelques retouches cosmétiques dans un but de conservation historique de cette période.

Récemment, Microsoft affirmait son envie de développer une version de Java propre à Windows. Bien entendu cela se fait avec renfort d’arguments dont un seul reste cependant valable : la vitesse. En effet, Microsoft reproche au langage Java sa lenteur. Pour pallier ce défaut, il est évident que cette société spécialisée dans l’optimisation de ces programmes, au point qu’on y trouve seulement 50 % de bugs, se devait de sortir sa version remaniée de Java.

Il va sans dire que celle-ci ne pourra tourner que sous Windows, seul environnement suffisamment robuste pour supporter cette nouvelle monture.

Par la même occasion, on renomme Java Virtual Machine en Microsoft Virtual Machine, histoire d’oublier quelle fut l’origine de la chose. Il va sans dire que prochainement, on supprimera toute mention de Java sur les produits pour oublier qu’il y a eu à une époque quelques troubles et protestations contre l’hégémonie de notre Billou préféré.

Explorer, ActiveX, Java pour Win32#

S’il est clair que la situation de Microsoft n’est pas encore à déplorer, celle-ci est tout de même beaucoup moins enviable qu’il y a un an. Les attaques fusent de partout pour tenter de déstabiliser le géant absolument insensible aux lois anti-trust ainsi qu’à la justice américaine. Régnant en quasi-situation de monopole en matière de système d’exploitation, Microsoft a quand même du mal à tenir son royaume dans la bonne voie.

Si les nouveaux acheteurs sont immédiatement conquis par les solutions Microsoft, et pour cause, on ne leur laisse pas le choix, les autres utilisateurs restent plus partagés et certains refusent même de jeter leur Windows 3.1 pour la nouvelle monture maquillée.

Voilà donc que Sun débarque avec son langage Java, multiplateforme. Entendez par là que Windows n’est plus nécessaire au fonctionnement du programme.

Il s’agit d’une situation inacceptable pour Microsoft qui décide donc d’agir. Après diverses étapes, dont Microsoft Internet Explorer et ActiveX, voilà qu’apparaît Java for Windows 32.

Diviser pour mieux régner#

Le camp Java est alors coupé en deux. D’un côté les pro-Microsoft, prêts à tout pour rester sous couvert du géant et de l’autre le reste.

Diviser pour mieux régner. Microsoft a peur de perdre son avantage et profite de l’état actuel des choses et de son quasi-monopole, pour sortir et tenter d’imposer un produit ouvertement propriétaire et dont la seule différence avec le modèle est son incompatibilité totale.

Il y a quelques mois, alors que Microsoft était occupé à mettre en place sa division Internet, à restructurer MSN, le réseau anciennement propriétaire de Microsoft qui devait remplacer Internet, je n’aurais jamais cru qu’une telle annonce puisse être prise au sérieux et même acceptée.

Pourtant, Microsoft commence à déployer sans heurts sa stratégie : Visual J++ créera un code Windows only; un module gratuit permet de remplacer la Java Virtual Machine par une Microsoft Virtual Machine… Et encore, ce n’est que le début et l’annonce est restée relativement discrète.

Un réseau surveillé par Microsoft, régi par Microsoft#

Dans l’état actuel des choses, je ne pense pas que Microsoft puisse imposer son WinJava à la place du java classique. Par contre, malgré les protestations de Microsoft, il est clair que WinJava n’est qu’une étape pour réaliser la transformation d’Internet en un réseau propriétaire nommé MSN, un réseau surveillé par Microsoft, régi par Microsoft, mais n’est-ce pas déjà ça actuellement ?